Au Québec comme ailleurs au Canada, une tendance se confirme : les citoyens veulent reprendre un rôle actif dans leur santé. Face à un accès parfois difficile aux soins médicaux, plusieurs se tournent vers des approches complémentaires pour soutenir leur bien-être, prévenir les déséquilibres et préserver leur qualité de vie.

Ces approches, dont la naturopathie, ne s’opposent pas à la médecine conventionnelle ou dite « traditionnelle «. Elles cherchent à la compléter, dans une vision globale de la santé. Malgré cette volonté croissante d’autonomie, un problème persiste : le cadre légal est flou. Par moments, il devient même incohérent, voire contradictoire. Cette incertitude ne touche pas seulement les praticiens. Elle atteint directement les citoyens, dont la liberté de choisir comment prendre soin d’eux-mêmes s’effrite.

Un élément clé est pourtant souvent oublié. En 2003, la modification de la « Loi médicale du Québec » — notamment par l’introduction de l’article 31 — a marqué un tournant important. Cet article établit une distinction essentielle : d’un côté, les actes réservés aux médecins ;
de l’autre, les actes non exclusifs, pouvant être exercés dans un cadre plus large.

Cette séparation visait à reconnaître l’importance de la prévention, de l’hygiène de vie et de l’accompagnement, tout en maintenant les actes médicaux strictement réservés aux médecins.

En théorie, cela permet une coexistence équilibrée : la médecine pour traiter les maladies, et d’autres approches pour soutenir la santé globale. Mais dans les faits, cette distinction est ignorée.

Devant les tribunaux, des décisions continuent de s’appuyer sur une jurisprudence antérieure à 2003, comme si cette réforme n’avait jamais existé. Ainsi, lorsque des naturopathes sont mis en cause par le Collège des médecins du Québec (CMQ)[1], l’interprétation retenue ne reflète pas la réalité législative actuelle, soit le changement législatif de 2003 modifiant la loi médicale distinguant les actes réservés aux membres du CMQ, les médecins.

Résultat : des actes non exclusifs peuvent être traités comme des actes réservés.
Une loi modernisée est appliquée avec une logique dépassée.

Ce flou juridique a des effets bien réels. Les praticiens avancent dans l’incertitude. Les citoyens hésitent. Observer un symptôme, suggérer une piste ou proposer une approche peut suffire à franchir une ligne invisible.

Alors une question s’impose : où commence réellement l’acte médical ? Si analyser ou conseiller devient un diagnostic, la frontière disparaît. À cela s’ajoute un paradoxe majeur entre les juridictions. À l’échelle canadienne, les produits de santé naturels sont légaux, encadrés et accessibles. Ils sont approuvés et vendus avec des autorisations officielles. Mais au Québec, les recommander peut exposer à des risques juridiques.

Comment un produit peut-il être autorisé… mais son usage difficile à conseiller ?

Ce déséquilibre est difficile à justifier. Les citoyens peuvent acheter ces produits librement, mais reçoivent de moins en moins d’accompagnement pour les utiliser de façon éclairée. Peut-on vraiment parler de protection du public si l’accès à l’information est restreint ? À force d’encadrer, on crée parfois plus de confusion que de clarté.

Les impacts se font déjà sentir. L’accès à certaines approches diminue. La compréhension du public recule. Et la pression sur le système de santé — déjà forte — continue d’augmenter.

Limiter les options préventives risque d’aggraver les enjeux plutôt que de les résoudre.

Il ne s’agit pas d’opposer médecine traditionnelle et approches complémentaires.
La véritable question est celle de l’équilibre. La santé est multidimensionnelle. Les besoins le sont tout autant. Une approche intégrative, cohérente et bien encadrée s’impose comme une voie logique. Encore faut-il que les lois soient appliquées clairement, dans le respect de leur intention.
Clarifier les rôles, encadrer les pratiques et garantir une information fiable sont essentiels.

Dans ce contexte, l’information et la mobilisation citoyenne deviennent déterminantes. Informer son entourage, partager, dialoguer, soutenir les initiatives : chaque geste compte. La liberté de choisir sa santé dépend autant des lois que de l’engagement collectif.

Ces contradictions ont notamment été mises en lumière dans la « cause Juneau », actuellement en attente d’un possible recours devant la Cour suprême du Canada. Au-delà d’un cas précis, cette affaire soulève des enjeux fondamentaux : cohérence des lois, place des approches complémentaires et liberté de choix en matière de santé. Son issue pourrait influencer l’avenir de la naturopathie — et bien au-delà.

Dans un contexte en constante évolution, préserver la liberté de choisir comment prendre soin de sa santé devient un véritable enjeu de société.

Sans cohérence ni information, ces choix risquent de se restreindre progressivement.
Mais avec une population informée et engagée, le changement demeure possible.

Pour faire connaître les enjeux liés aux menaces qui pèsent actuellement sur les approches complémentaires en santé au Québec — et plus particulièrement sur votre liberté de choisir comment prendre soin de votre santé — vous pouvez poser un geste concret : soutenez la cause, notamment celle de la naturopathie au Québec, et :

Prenez le temps d’imprimer et de diffuser le dépliant suivant auprès de votre entourage, soit :

Télécharger le dépliant

 

Sans information, il n’y a pas de choix éclairé.
Et sans mobilisation, les décisions se prennent sans vous.

[1] Une augmentation de 3500 % des plaidoyers de culpabilité de naturopathes en faveur du Collège des médecins du Québec depuis l’année 2000, témoignage de praticiens qui « lâchent la serviette » et qui règlent à l’amiable avec le Collège des médecins du Québec…!